Anne Frank

Note : j'ai retiré les liens du billet original pour le moment, lire la mise à jour.

Le billet original

Tout est dit ici, et cela n'appelle à mon avis aucune autre forme de commentaire. Les deux fichiers :

  • la version modifiée par le père d'Anne Frank
  • la version originale

Mise à jour 1

Bon, je ne le cache pas, j'ai l'impression de m'être peut-être planté et je suis assez mal à l'aise. Hier soir, à la lecture du billet d'Olivier Ertzscheid, j'ai été scandalisé par ce nouvel exemple de dérapage, non du droit d'auteur en tant que tel, mais de son application abusive et tarabiscotée, a.k.a "copyright madness". J'ai eu une réaction émotionnelle assez forte, et j'ai décidé de m'associer à ce mouvement à portée essentiellement symbolique.

Ce matin, à la fraîche, je suis allé farfouiner sur le Web, regarder ce qui se disait sur Twitter, et je suis tombé sur une série de tweets qui nous expliquent, en synthèse, que les ayant-droit (le Fonds Anne Franck) tentent le coup, mais que leurs arguments sont largement contestables au plan juridique. En clair, selon toute probabilité, le Journal d'Anne Frank passera bien dans le domaine public l'année prochaine.

Sur le fond, il est urgent de réfléchir à une application plus équilibrée, plus juste, du droit d'auteur et surtout de limiter ce type d'abus ; l'attitude de certains ayant-droit est totalement immorale, profondément indigne.

Je suis allé parcourir les textes et la position de Rémi Mathis me semble tenir la route. Cela étant, n'étant pas juriste je ne m'estime pas compétent. J'ai choisi "l'appel à un ami", j'attends son retour, il y aura très probablement une seconde mise à jour. En attendant, j'ai supprimé les liens car je crains que, si la maladresse d'Olivier venait à se confirmer, cette action nuise à cette belle cause plus qu'elle ne la serve.

Mise à jour 2

J'ai pu discuter aujourd'hui avec deux juristes, Marc-Antoine et Ludo, que je remercie au passage pour le temps qu'ils m'ont amicalement consacré.

Je fais donc, comme promis, une nouvelle mise à jour. Si j'ai commis une erreur grossière, n'hésitez pas à me hurler dessus, c'est par ici que ça se passe.

Le droit d'exploitation d'une oeuvre, l'auteur en jouit toute sa vie. À partir de son décès, ce droit, exclusif, court sur une période de 70 ans. J'ai lu ici et là des mentions de "régimes" spécifiques mais c'est la règle des 70 ans qui s'applique en général, et, d'après ce que j'ai compris, aucune exception n'est envisageable dans le cas du journal de la malheureuse jeune femme. 70 ans, donc. Quand une oeuvre est produite par plusieurs auteurs, c'est la même règle qui s'applique, mais on attend que tous les droits soient épuisés. C'est ainsi le décès du dernier des co-auteurs qui sert de point de départ à cette période de 70 ans. Et c'est là tout l'enjeu.

Il existe plusieurs "versions" du même texte. Le manuscrit rédigé par la jeune femme, d'abord, écrit sur différents supports. Ce texte est transmis à son père, Otto Frank, qui supprime certaines parties du texte, en déplace d'autres, et effectue quelques corrections. Enfin, une troisième personne fait à la demande d'Otto Frank une reproduction du texte. Il opère, avec l'accord d'Otto Frank, une seule modification notable : le remplacement des noms de neuf protagonistes par des pseudonymes qu'Anne Frank avait imaginés. C'est cette dernière "version" qui est publiée en 1947.

Toute la question, c'est de savoir si l'auteur de l'oeuvre publiée en 1947 est Anne Frank seule ou si, au contraire, Anne Frank et son père Otto Frank ont d'une certaine manière co-écrit le livre. Dans le premier cas, Anne Frank ayant été la seule à l'origine de l'ouvrage, la période de 70 ans débute fin 1945. Si, au contraire, on considère Otto Frank comme co-auteur de l'oeuvre, c'est l'année de son décès qui doit être prise en compte : 1980. C'est cette dernière position que défend le Fonds Anne Frank. Dans un cas, le Journal passe dans le domaine public le 1er janvier 2016. Dans l'autre, le 1er janvier 2051.

Le raisonnement de Rémi Mathis me semble donc parfaitement raisonnable. Le Journal d'Anne Frank devrait rejoindre le domaine public l'année prochaine, son père ayant apparemment effectué un travail visant à ce que l'oeuvre de sa fille, originale, soit publiée.

1er janvier 2016.